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Dans le monde du vin, impossible de passer à côté tellement son succès est grandissant auprès des vignerons comme des consommateurs. Alors la biodynamie, qu’est-ce que c’est ? Interview avec Florian Bruneau, spécialiste de la biodynamie, pour y voir plus clair.

Camille Augey : Comment est née la biodynamie ?

Florian Bruneau : L’agriculture biodynamique est née dans les années 1920 de la demande d’un certain nombre d’agriculteurs qui voyaient le déclin de leur production agricole. Ils se tournèrent alors vers un philosophe et scientifique autrichien, Mr Rudolf Steiner qui organisa en 1924 une série de huit conférences, connues sous le nom de « cours aux agriculteurs ». Déjà, l’agriculture industrielle était remise en cause. C’est au cours de ces conférences que les principes philosophiques et les pratiques de la biodynamie sont nés.

C.A. : Biodynamie et bio, c’est la même chose ?

F.B. : La biodynamie est une branche de l’agriculture biologique, mais va beaucoup plus loin. Pour rappel, l’agriculture biologique est un mode de production qui exclue l’usage des produits chimiques de synthèse et les OGM, et limite l’emploi d’intrants autres que les matières premières.

La biodynamie est une vision holistique de l’agriculture : on considère que tous les éléments sont en interaction et interdépendants. La plante et son environnement (le sol, l’air, le cosmos, la biodiversité) font partie d’un même système dont on essaye de préserver l’équilibre. C’est indispensable pour avoir des cultures en bonne santé et de qualité.

L’important dans la tâche du paysan, c’est de renouer le lien avec son terroir et ses champs, et pour ainsi dire avec toute la nature qui l’entoure pour redevenir le chef d’orchestre d’un ensemble agricole.

C.A. : Mais comment renouer les liens avec son terroir et ses champs ?

F.B. : Tout commence par le sol, qui doit être considéré comme un être vivant à part entière. C’est un écosystème complexe et sensible qu’il convient de comprendre afin d’en tirer le meilleur. Le travail du sol est une science, nous nous devons d’appliquer les bonnes pratiques.

Une fois qu’on aura renoué les liens entre la plante et son terroir, il faudra trouver l’équilibre au sein même de la plante afin de l’aider dans sa lutte contre les agressions extérieures.

C.A. : Que peut-on faire pour aider la plante ?

F.B. : On utilise des préparations, aussi appelées préparâts biodynamiques. Il en existe beaucoup mais seulement deux sont obligatoires pour obtenir l’un des deux labels de l’agriculture biodynamique que sont Demeter et Biodyvin :
– La préparation dite « 500 » ou « bouse de corne », qui est obtenue par fermentation dans le sol, durant l’hiver, de bouse de vache qui a été introduite dans des cornes de vache. Elle constitue un apport de micro-organismes primordial pour le sol et les racines des plantes.
– La préparation dite « 501 » ou « silice de corne ». Il s’agit de cristal de roche (silice) qui a été broyé, mis dans une corne de vache et enterré durant l’été. Ce préparât est destiné à la plante. Il apporte de la silice qui est un oligo-élément très important, et améliore entre autres la photosynthèse, c’est-à-dire la transformation des rayons lumineux en énergie.

C.A. : Et le cosmos dans tout ça ?

F.B. : La biodynamie prend en compte les rythmes du cosmos (la Lune, le soleil, les astres) qui influent sur le développent et la santé des plantes. Selon le moment cosmique, la croissance des racines, des feuilles, la formation des fleurs ou des fruits sera favorisée. Le calendrier lunaire permet de planifier chaque intervention sur le sol et sur le végétal en fonction du jour le plus adapté à cette action. Mais avant toute chose, il ne faut jamais oublier la règle d’or qui est de travailler quand le temps le permet !

C.A. : Et en vinification, qu’est-ce que ça change ?

F.B. : Le cahier des charges en biodynamie est plus strict que celui en bio : de nombreux produits oenologiques et pratiques autorisés en bio sont ici interdits. Par exemple, les doses de sulfites sont réduites et la fermentation doit se faire naturellement, sans ajout de levures industrielles (sauf cas exceptionnels sur dérogation). Pour le collage, la gélatine et la colle de poisson sont prohibés.

Il n’existe toutefois pas de pratiques de vinification spécifiques à la biodynamie, seulement des courants tels que la fermentation en amphores ou en cuves en forme d’œuf, ou encore les vins sans sulfites.

C.A. : Comment expliquer le succès de la biodynamie dans le vin ?

F.B. : Je crois que c’est dû au fait que les domaines les plus réputés aux quatre coins du monde sont en biodynamie. L’impact que cela a sur la qualité est donc indéniable. En France, on peut par exemple citer le Domaine de la Romanée-Conti en Bourgogne, Michel Chapoutier en Vallée du Rhône, ou encore Château Pontet-Canet à Bordeaux. Mais il en va de même en Australie, Nouvelle-Zélande, en Californie…

À propos de Florian Bruneau

Florian Bruneau est un oenologue spécialiste du bio et de la biodynamie. Ses neufs années d’expérience l’ont notamment conduit à travailler en Bourgogne et à Bordeaux, mais aussi en Nouvelle-Zélande et en Californie. Ses prochains challenges sont l’Australie, puis à nouveau la Californie où il sera chargé de la conversion d’un domaine en biodynamie.

2 Commentaires

  1. Damien

    Bonjour,
    La biodynamie utilisant du fumier de vaches vieilli dans des cornes de vaches, des vessies, préconisant d’écorcher vivants de jeunes mulots pour en brûler la peau pour se débarrasser de jeunes mulots ou utilisant tout un tas d’organes d’animaux, peut-on vraiment prétendre que des vins sont vegans en utilisant ce mode de production?
    Personnellement, en tant que vegan, je pense que non. Ca serait peut-être utile d’en informer vos clients.

    Réponse
    • Camille Augey

      Bonjour Damien,

      Merci pour votre remarque !

      Concernant la biodynamie, il faut savoir que les fondements théoriques des pratiques qui l’entourent ont été posés par Rudolf Steiner, il y a presque 100 ans ! Autre temps, autre époque… Mais les agriculteurs ou en l’occurrence les vignerons n’ont aucune obligation d’appliquer ces préconisations, et heureusement ! Plusieurs préparâts biodynamiques utilisent effectivement des produits d’origine animale, mais seuls deux sont obligatoires : la bouse de corne et la silice de corne où de la bouse / silice est vieilli dans des cornes de vaches, souvent récupérées dans des abattoirs. Je n’ai jusque-là rencontré aucun viticulteur en biodynamie qui fait les autres préparâts (qui contiennent des organes internes).

      Maintenant, il faut savoir que les labels vegan ne regardent pas les pratiques culturales, seulement ce qui vient après la récolte (ici les vendanges). Pourquoi ? Car l’utilisation de fumier ou d’autres fertilisants d’origine animale est extrêmement répandue (surtout si on veut s’éloigner des pesticides chimiques !!). Par exemple, la biodynamie concerne aussi les fruits et les légumes, donc si on commence à exclure tout ce qui est issu de la biodynamie du champ vegan, des carottes ou des fraises pourraient donc ne plus être vegan ! L’agriculture biovégétalienne, qui exclue les fertilisants et autres produits d’origine animale, est en train d’émerger, mais c’est encore trop marginal.

      Conclusion : un vin peut être labellisé vegan même en biodynamie, c’est pourquoi des vins en biodynamie sont présents sur ce site, s’ils n’ont pas été collés avec des adjuvant d’origine animale (gélatine, etc). Mais je comprends tout à fait que cela pose problème à certaines personnes. C’est pourquoi l’utilisation de fertilisants d’origine animale, que ce soit du fumier, de la bouse de corne, silice de corne ou autre, sera toujours précisée sur la partie “Fiche technique” de la page du vin. Vous êtes ainsi libre de choisir vos vins en toute transparence 🙂

      Réponse

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